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Le portrait de Juliette

On a de la chance, il fait beau. L’endroit que j’ai choisi pour le portrait de ce jour se révèle plus généreux que prévu. Dès notre arrivée, c’est un immense champs de colza en fleur qui nous invite. Juliette choisit une robe blanche, piochant ainsi dans les habits qu’elle et moi avons sélectionnés. Je la sens légèrement tendue et on prend le temps de respirer, d’apprivoiser le lieu. L’air embaume et le vent est de la partie. Taquin, il joue avec ses cheveux, il la fait sourire. Je noue alors sa chevelure avec un foulard rouge tentant un semblant de discipline.

Elle proteste un peu, elle contrôle un peu. On rit, on regarde très brièvement les photos déjà prises. On n’est pas d’accord.

«  Mais on ne voit pas mon mon visage là !« 

« Justement c’est très joli ce mouvement ! »

On marche vers le bois. Je prends un peu de distance et je laisse Juliette décider de sa seconde tenue. Chignon haut perché et tunique scintillante, c’est une femme qui s’avance vers moi, une femme élégante. Je dépose sur son épaule un petit morceau de fourrure. Elle laisse peu à peu place à ma créativité. La danse s’engage. Les troncs, les ombres dures, les écorces rugueuses, Juliette se fait plus grave, son regard plus profond.

On marche encore, on se laisse porter. La clairière naturellement propose un changement d’ambiance et aussi de vêtements. Juliette revêt la robe bleue et froufroutée, celle qu’elle avait détestée d’emblée…

Elle tourne, cherche un endroit qui lui plaît. Elle sautille et fait des coeurs avec ses bras. Elle me dit « j’ai l’impression d’avoir six ans et d’être Alice au pays des Merveilles ! » Et moi, en effet, je m’émerveille, de ces silhouettes qui se dévoilent au sein de l’écrin de la Nature. C’est la magie de nos retrouvailles, nous les humains avec notre berceau.

Pour nos derniers clichés, j’emmène Juliette à la rencontre d’un grand arbre. Lors de l’une de mes promenades intuitives, ce sont ses lianes en liberté qui m’ont charmée. J’ai immédiatement su et vu Juliette et lui s’enlacer. Elle permet maintenant à ma créativité de s’envoler, elle a confiance. Elle enfile la robe rouille, je la pare de bijoux et je les présente l’un à l’autre. Femme – forêt, amazone, Juliette se transforme. Elle est force, elle est courage.

Une pause. On reprend la conversation, pas trop. On va repartir et puis…

Je découvre une souche assez haute et couverte de lierre grimpant, un magnifique autel de verdure. Je convie donc Juliette à quelques photos, encore. Juste quelques unes. Elle se place et je pose sur son front un collier, spontanément. On écoute ce qui est présent, on laisse venir, on joue.

« On disait que… ».

Soudain, l’enchantement fait son oeuvre. Je ne guide plus rien, Juliette trouve les gestes. Elle ne fait plus qu’une avec cette nature bienveillante. Elle est cette nature même et la druidesse apparaît.

Quelques photos plus tard, toutes deux nourries de ces moments partagés et de ces incroyables rencontres, on reprend la route en silence, le coeur complice.

Le portrait Grandeur Nature ici

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